Une carte thématique destinée à un rapport officiel n'est pas une carte de tableau de bord. Elle est lue lentement, souvent en noir et blanc à l'impression, parfois projetée en réunion. Elle doit fonctionner sans hover ni légende interactive. Cet article rassemble les règles qui font la différence — pas les règles théoriques, celles qu'on applique vraiment dans QGIS ou ArcGIS Pro pour livrer une carte qui tient.
1. La hiérarchie visuelle, avant la donnée
Avant de styler quoi que ce soit, demandez-vous : qu'est-ce que le lecteur doit voir en 3 secondes ? La réponse doit tenir en une phrase : « les zones X sont en surreprésentation Y ». Si vous ne pouvez pas la formuler, votre carte n'a pas de message — elle a juste des données.
Une fois cette phrase écrite, tout le style en découle :
- L'objet le plus contrasté est celui qui porte le message principal.
- Le fond (relief, hydrographie, voirie) doit être atténué — gris clair, transparent à 60-70 %.
- Tout ce qui ne concourt pas au message disparaît ou recule.
2. La palette, sans douleur
Trois règles qui suffisent pour 90 % des cas :
- Pour une donnée séquentielle (faible → fort), une palette mono-teinte qui s'assombrit. Évitez le passage par le blanc, qui se confond avec le fond.
- Pour une donnée divergente (déficit ↔ excédent), deux teintes qui se rejoignent sur un neutre. Privilégiez bleu-rouge ou vert-rouge, mais vérifiez que ça reste lisible en daltonisme protanopique (outil : ColorBrewer).
- Pour une donnée catégorielle (5-7 classes), pas plus de 7 teintes. Au-delà, regroupez ou changez de représentation (symboles, hachures).
ColorBrewer 2.0 (colorbrewer2.org) reste la meilleure source pour ces palettes — elles sont testées en daltonisme et en impression noir et blanc.
3. La typographie
Une carte avec quatre polices différentes est presque toujours moins claire qu'une carte avec une seule police bien hiérarchisée. Recommandation pratique :
- Une seule famille typographique pour les toponymes, la légende et l'auteur.
- Sans-serif pour les éléments de carte (étiquettes, échelle, nord). Serif uniquement pour le titre, si vous voulez un rappel éditorial.
- Trois tailles maximum : titre, étiquettes principales, étiquettes secondaires.
- Italique réservé aux toponymes hydrographiques (convention cartographique classique).
- Halo blanc 60 % opacité sur les étiquettes posées sur des fonds colorés — assure la lisibilité.
4. La légende
Une légende n'est pas un dépotoir. Elle dit ce que voit le lecteur. Pratiques solides :
- Un titre d'objet, pas un titre de couche QGIS. « Population (hab/km²) », pas « pop_2023_join_aggreg_v3 ».
- Les bornes des classes lisibles sans calcul mental — préférez « 0 à 50 », « 50 à 200 », « 200 à 500 » à « 0,15 à 1,28 ». Arrondissez après vérification que la classification reste cohérente.
- Toutes les classes affichées, même les vides — sinon le lecteur croit que la donnée n'existe pas pour cette plage.
- Source de données et année — sous la légende ou dans le cartouche, jamais cachée.
5. Les éléments obligatoires du cartouche
Pour une carte officielle, ces éléments doivent être présents :
- Titre — formule directe, pas une question. « Densité de population — Communes du Sénégal, 2023 », pas « Comment se répartit la population ? ».
- Échelle graphique (pas seulement numérique) — la graphique reste juste si on agrandit ou réduit le PDF.
- Indicateur de nord — discret. Une flèche stylisée, pas une rose des vents Renaissance.
- Système de coordonnées et projection — bas de carte, en petit. Mention obligatoire dans un rapport sérieux.
- Source des données — ne jamais oublier. « Source : ANSD, recensement 2023. Limites : GADM v3. ».
- Auteur et date de production — discret, pied de carte.
6. La taille du fichier — souvent oubliée
Une carte exportée en PNG 300 dpi pour un rapport A4 fait 2 à 4 Mo. Au-delà, vous chargez du détail invisible à l'œil. Si votre PDF final pèse 80 Mo parce qu'il contient 12 cartes, vous l'avez raté — il ne sera ni envoyé par email ni ouvert sur mobile. Pour une carte de rapport :
- PNG 300 dpi pour l'impression A4.
- PNG 150 dpi pour l'écran.
- PDF vectoriel (SVG export) si la carte contient surtout des polygones et du texte — beaucoup plus léger et restera net à n'importe quel zoom.
- JPEG uniquement si la carte contient un fond raster lourd (orthophoto, MNT). Sinon le PNG est meilleur.
7. La revue avant livraison
Avant d'exporter la version finale, faites systématiquement ces vérifications :
- Imprimer la carte en noir et blanc — si elle reste lisible, votre palette est bonne. Sinon, ajustez les valeurs (lightness) plutôt que les teintes.
- Réduire à 30 % et regarder de loin — si les éléments principaux émergent, la hiérarchie tient.
- Faire lire à quelqu'un qui ne connaît pas le sujet — il doit pouvoir formuler le message en 1 phrase. Sinon votre titre ou votre légende sont à reprendre.
Aller plus loin
Le module Gojambar « Cartographie thématique avancée » applique ces principes sur trois projets : carte démographique communale, carte d'occupation du sol, carte d'enjeu environnemental. Le projet d'évaluation final est une carte de votre choix, à publier dans votre portfolio. C'est probablement l'investissement de formation au meilleur ratio impact/temps si vous produisez régulièrement des cartes pour des rapports.